Au secours, je me sens constamment coupable!

2021-01-19

lespsytrucs

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     Ça vous ressemble, ça? Cette impression pas si subtile que ça, qui nous tenaille en-dedans… cette « vérité » que nous portons comme une cicatrice affreuse sur la peau… nous sommes COUPABLES. Nous avons fait quelque chose de condamnable. Nous devons être punis pour nos affreux agissements ou nos terribles pensées. Nous sommes un monstre.

    Ok, peut-être trouvez-vous que j’exagère. Vous avez qu’à moitié raison, mes chers lecteurs. Dans mon local, au cabinet, il est beaucoup plus fréquent qu’on peut le penser les personnes qui me partagent, à demi-mots, rouges comme une tomate, avoir commis l’irréparable.

    « Sara-Maude, j’ai tenu tête à mon père quand il m’a crier après ».

    « Dre Joubert, j’ai dit à ma femme que ça ne me tentait pas de faire telle réparation aujourd’hui ».

     Sara-Maude, je vais porter mes enfants à la garderie alors que je suis en congé. Et J’OSE AIMER    ÇA avoir un off. Je me sens comme une mauvaise mère. »

     Quand j’entends ces confessions (parce que les gens qui me les disent ont solide l’impression de se    confesser comme à l’église), j’ai toujours beaucoup de respect pour la souffrance qui m’est communiquée mais aussi, je vous l’avoue, je suis toujours un peu surprise de ce que j’entends.

      La culpabilité, c’est souffrant, très souffrant, et les gens qui la vivent de manière excessive la vivent souvent à tords. Leur cerveau leurs joue des tours.

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Avoir des standards de perfection ou moraux très élevés

     On ne se sent pas coupable « gratuitement ». Ça n’arrive pas par hasard. Pour être capable de se sentir coupable – parce quoi oui, chers lecteurs, c’est une habileté – ça prend certaines conditions en grandissant. Premièrement, il faut avoir eu des parents, des tuteurs, des voisins, des enseignants…bref, un entourage qui a été assez encadrants pour nous inculquer que tout n’est pas permis dans la vie. Autrement dit, il y a des règles et il faut les suivre. Ultimement, pour se sentir coupable, il faut avoir appris à quelque part dans sa vie que « pour être une bonne personne » et faire « les bonnes choses », il faut faire ceci et ne pas faire cela. Deuxièmement, ça nécessite que notre environnement se soit assuré de nous faire comprendre que ces règles-là sont sérieuses et qu’elles entrainent de vraies conséquences. On a été puni lorsqu’on faisait quelque chose qui va à l’encontre d’une règle ou d’un standard moral. À l’inverse, on a été félicité et fêté lorsqu’on a agi selon les règles.

    De façon tragique mais aussi intéressante, les personnes qui ont été élevées très strictement et sans chaleur (un peu comme au couvent autrefois, malheureusement) ont tendance à avoir de la culpabilité oui et non. Ces personnes ont appris qu’il y a des règles et qu’elles sont SUPER importantes. Pourtant, elles ont souvent appris aussi – par observation cette fois – que tous les moyens sont bons pour faire respecter les règles. En ce sens, ces personnes peuvent se sentir coupables de ne pas respecter un code de conduite d’une institution, mais peuvent aussi (étonnamment!) démontrées très peu d’empathie pour les autres et donc, peu de culpabilité pour leur méchanceté, par exemple.

     Vous aurez compris que les personnes qui se sentent très facilement coupables ou encore, coupables pour tout et pour rien ont vécu ces préalables à l’extrême. Typiquement, en clinique, ce que je vais observer c’est :

  • des personnes qui ont appris que leurs états internes peuvent être mauvais (par exemple : avoir envie de m’amuser avec mes amis alors que je suis âgé de 7 ans et que mon besoin est de socialiser, mais que mon parent me lance une remarque narquoise comme quoi c’est lâche et « que ton père trayait déjà les vaches à ton âge»),
  • des personnes qui se font imposer un rôle dans la famille sous menace (implicite, souvent) que s’il ne joue pas ce rôle, quelqu’un d’important dans la famille en souffrira (par exemple : ‘moi, ta mère, j’ai toujours eu des regrets par rapport à ma carrière… mais toi, ma fille, tu feras de grandes choses! » alors que la fille en question souhaite avoir une vie tranquille et être disponible à la maison), et
  • des personnes qui ont eu un ou des parents/proches qui s’est attribué un rôle de victime chronique (par exemple : un parent qui s’est toujours plaints de ses maux physiques, mais qui n’a jamais mis en place de réelles solutions pour apaiser ses souffrances car à chaque fois que ce parent se plaint, son enfant est sage/prend soin de lui/veut le faire rire/fait du ménage dans la maison, etc.). L’enfant apprend qu’il doit – encore une fois – exister selon un cadre très précis pour sauver un aimé. Cela a, par contre, le très lourd coût de créer de la culpabilité à outrance… de créer de la culpabilité à exister et être soi-même.
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     Peut-être me trouvez-vous intense avec mes trois figures de cas, mais chers lecteurs, vous seriez surpris de voir à quel point ces histoires reviennent fréquemment. Et pire encore… ces « vielles histoires » d’enfance sont souvent super actuelles dans la vie des patients. On les voit se rejouer encore et encore à chaque étape de vie où « l’enfant » devenu adolescent, adulte, parent ou aidant naturel est confronté entre faire un choix pour lui ou faire un choix pour l’autre. Cet enjeu est grave au point que, souvent, les gens vont choisir de ne pas répondre à un de leur besoin (avoir un break des diners du samedi à la résidence de sa mère vieillissante, par exemple) pour répondre au désire de l’autre personne (le fait qu’il est plus agréable pour sa mère d’avoir de la visite le samedi – bien que cela ne soit pas une question de vie ou de mort et qu’il y ait, dans les faits, beaucoup d’autres personnes à la résidence).

Se sentir un monstre

     Il faut dire que sur le plan interactionnel (c’est-à-dire quand on regarde les interactions entre les gens et comment ses interactions s’imbriquent), les condamnés à perpétuité se font aussi souvent jouer des tours par l’Autre. En règle générale, aussitôt que l’Autre démontre une réaction de contrariété devant un refus, une frustration, bref! un comportement que la personne constamment coupable a fait, le condamné va interpréter cette réaction comme une preuve que ce qu’il a fait est réellement mal. En ce sens, un système de feedback très souffrant se met en place dans le cerveau du condamné. Aussi, s’il a le malheur de croiser quelqu’un qui pense que tout lui est dû, qui a une tolérance à la frustration super faible, quelqu’un qui a des ambitions particulières par rapport au condamné… ce dernier est en posture généralement vulnérable. Le système de feedback, c’est-à-dire ma sensibilité à interpréter (à tords!) que les comportements de l’Autre sont des preuves que je suis réellement coupable va se faire aller en mautadit puisque l’Autre réagit plus que la moyenne des gens à toute ‘injustice’ qu’il vit.

Trop de culpabilité ? Être névrosé !

     Certaines approches en psychologie vont qualifier les personnes très susceptibles à vivre de la culpabilité des névrosés. Ce qualificatif, utilisé dans l’espace publique comme une insulte est, en psychologie, un vrai compliment. Toujours selon ces approches,les personnes névrosées sont les plus matures psychologiquement et les empathiques. Elles représentent le but à atteindre en termes de développement psychologique. On s’entend, elles ne sont pas des êtres supérieurs ni des personnes qui ne vivent jamais de souffrance. Tout de même, selon ces approches, la névrose (l’état de culpabilité constant – intrinsèque) serait l’Ange gardien psychologique qui protège du narcissisme mal placé. Autrement dit, avoir tendance à se sentir coupable et anxieux, c’est la rançon de la gloire, en psychologie.

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Incarner pour soi-même le monstre qu’on craint être pour l’autre.

     Si vous me suivez dans mes explications jusqu’à présent, le discours interne (les pensées) qui fait que nous nous sentons coupable… cette condamnation que nous nous faisons un peu à la manière d’un juge et d’un bourreau, c’est incarné pour soi le monstre que l’on craint souvent d’être pour l’autre en mettant des limites ou en assumant le comportement qui nous fait sentir coupable. C’est de jeter à l’intérieur de soi une certaine agressivité qui pourrait être (souvent!) sainement exprimée/jetée à vers l’extérieur… vers l’Autre. Enfin, à avoir peur de déplaire ou de choquer autrui, on se désapprouve et on se blâme tout seul. Nice… #not

Quoi faire, docteure ?

1- S’entrainer à l’empathie de soi

     Ça arriverait à votre meilleur ami… est-ce que vous tiendriez le même discours? Il est à parier que non. Alors pourquoi êtes-vous si durs à votre égard? Pourquoi aussi peu d’empathie pour vous-même? Vous qui êtes le pro de cette habileté, il est temps de la pratiquer sur vous.

2- Voir les croyances et les règles internes qui favorisent notre culpabilité

     Arrivez-vous à vous voir vous condamner? La voyez-vous passer cette pensée assassine? La capacité à défusionner avec ses propres pensées est très aidante pour remettre sa culpabilité à sa place. Vous aussi vous voulez vous voir penser? Cliquez ici pour apprendre à méditer!

3 – Remettre en question comme Sherlock Holmes les « preuves » que notre cerveau nous donne à l’effet qu’on devrait se sentir coupable.

     Ok, je vois mes pensées Sara-Maude. Je vois le fouet se faire aller dans ma tête, et alors? Je suis pourtant convaincu que je suis bel et bien coupable de telle ou telle chose.

    Mes chers lecteurs, je vais vous répondre qu’un chose… en êtes-vous certain? Quelles sont les preuves que vos déductions logiques (parce qu’il s’agit de cela) ne sont pas erronées? Quels sont les angles morts – au niveau réflectif – qui vous échappent? Il y en a toujours. Sherlock Holmes débarquerait dans la situation, il en penserait quoi, lui? Quelles contre-preuves vous sortirait-il?      Clairement, il en trouverait. Pouvez-vous y arriver aussi? Si jamais cet exercice est très très difficile, je vous invite à vous fier à des guidelines officielles : existe-t-il des règles écrites sur le sujet? Que dit la Loi? Que dit Santé Canada? Que dirait la police? Est-ce que la DPJ pourrait vous condamner de prendre une journée off pendant que vos enfants sont à la garderie?

4 – Voir et dessiner (oui oui!) la part de soi qui est critiquante/qui condamne.

     Pour ma part, c’est une petite madame laide et méchante. Elle a les cheveux hirsutes, elle pue de la bouche et ne dit que des méchancetés. Elle adore se mêler de ce qui ne la concerne pas et ne sait pas parler… elle hurle pour se faire entendre! Ma petite bonne femme habite sur mon épaule et c’est de là qu’elle a tendance à faire du tapage quand je me sens coupable. Et vous? À quoi cette voix ressemble-t-elle ? Où habite-t-elle? Que dit-elle? À vos crayons, gang. La visualiser va vous aider à prendre des décisions éclairées… à vous compromette dans des actions qui sont saines pour vous et non des actions qui sont alimentées par la culpabilité.

5 – Choisir de développer un adulte responsable aimant, en soi.

     Gang, avant toute chose… même si ne pas se sentir coupable est illusoire (rappelez-vous, c’est la rançon de la gloire), il faut avant tout faire le choix conscient que cette émotion n’aura pas le meilleur de vous. Il faut s’engager dans cette quête de gestion de soi et d’empathie pour soi-même.

Bons exercices,

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Dre Sara-Maude Joubert, psychologue

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